Wolfgang Butzkamm


Lust zum Lehren,
Lust zum Lernen
Eine neue Methodik für den
Fremdsprachenunterricht

Rezension von Yves Bertrand in Nouveaux Cahiers d’Allemand

 

 

 

 


 

On ne peut pas écrire d’ouvrages de didactique si l’on n’a pas au fond de soi, malgré tout, une certaine confiance en la nature humaine : à quoi bon vouloir éduquer, si l’on désespère de l’homme ? C’est ce qu’on appelle « l’optimisme pédagogique » Un optimisme dont fait preuve le titre du livre de Buzkamm. A une époque où l’enseignement, en Allemagne, comme en France, est en proie à la morosité, au découragement, au renoncement, « ein optimistisches Buch in pessimitischer Zeit » (nous dit la couverture) peut paraître soit naïf, soit démagogique, soit provocateur. Naïf, Butzkamm ne l’est assurément pas : il est bien conscient des frustrations de toute sorte, des limites de toute méthodologie (p.367), de l’hétérogénéité des élèves et des classes (chapitre 11). Il n’est pas démagogue non plus, quand il évoque la nécessaire sévérité juste du maître, quand il critique la « moderne Distanzlosigkeit » de certains (p.333). Plutôt qu’une provocation ou qu’une gageure, c’est un acte de foi, une conviction née d’une longue expérience (Butzkamm est professeur émérite), d’un contact ininterrompu avec les humbles réalités de l’enseignement. Butzkamm, ne prétend pas que qu’enseigner et apprendre soient, toujours et pour tous, un plaisir. Mais il affirme qu’un tel plaisir peut exister, grâce, bien sûr, à une bonne méthodologie, celle que Butzkamm propose.

« Eine neue Methodik » ne signifie pas, bien au contraire, la rupture avec le passé. On ne laisse pas d’être frappé par le nombre et la richesse des références aux grands maîtres. Il ne s’agit pas d’un étalage de culture, mais de l’appui apporté à la thèse qu’on savait jadis aussi enseigner et que nous pouvons tirer profit de la tradition, celle qui ne refusait pas, entre autres, l’aide de la langue maternelle. Ce qui donc est d’abord nouveau, c’est le souci d’intégrer l’héritage dans une « neue Synthese » (p.2) (synthèse avec « eine moderne, die Gehirnforschung einschließende Spracherwerbstheorie ») au lieu de se poser en révolutionnaire. Ce qui est nouveau également, c’est la richesse considérable de exercices proposés, où, encore une fois, il est tiré parti de la langue maternelle des élèves, avec une pleine conscience des risques, mais aussi la maîtrise des avantages offerts. Mais le plus nouveau peut-être, c’est que les apprenants ont enfin la parole. Souvent, on peut reprocher aux manuels de méthodologie que les élèves y sont terriblement absents. On parle certes d’eux, mais eux se taisent. Ce n’est pas le cas ici et Butzkamm a eu l’excellente idée de donner à ses étudiants anglicistes le sujet : « Myself as a langague learner » et il ne perd aucune occasion de les citer. Bien sûr, on pourrait lui reprocher de n’avoir pas enquêté également auprès de ceux qui ont échoué, comme l’a fait Eberhard Demm avec les étudiants qui ont abandonné à la fin de la première année universitaire nanterroise. L’échec aussi serait fort instructif ! Bien sûr, on pourrait soupçonner Butzkamm de ne citer les témoignages que quand ils vont dans son sens. Mais on peut aussi admettre que c’est au contraire leur avis qui a enrichi et nuancé le sien. La vérité est sans doute au milieu et il y a eu vraisemblablement influence réciproque, comme il y a eu influence réciproque avec les collègues qu’il a consultés et qu’il appelle les « Mitautoren » de son livre.

Voici les titres des 11 chapitres et ils feront apparaître le contenu de l’ouvrage, en même temps que l’art de la formule frappante et du slogan qui fait mouche, car Butzkamm sait écrire :

1. In und mit Sprachen leben, 2. Zweifach Verstehen: die Grundbedingung des Spracherwerbs, 3. Input maximieren, 4. Anknüpfen statt trennen: Kehrtwendung der Methodik, 5.Richtig üben: das generative Prinzip 6. Richtig üben: der Wille zru Meisterschaft, 7. Die Zeit nutzen, 8. Ein positives Arbeitsklima schaffen, 9. Gemeinsam lernen - miteinander, voneinander, füreinander, 10. Von und mit Texten lernen et 11. Differenzieren und Individualisieren. Hormis ce dernier chapitre, on trouve à chaque fois après les considérations théoriques une partie pratique « Praxis », bien plus longue, bien plus détaillée, qui évitera à l’auteur les reproches souvent adressés aux traités de didactique : se complaire dans les généralités et ne pas s’intéresser à la vie quotidienne de la classe.

On aura remarqué que les titres de chapitre ont un aspect et une formulation qui rappelle un peu les programmes des partis politiques à la veille des enjeux électoraux et le lecteur est parfois tenté de penser : « c’est vite dit », « c’est plus facile à dire qu’à faire ». Mais Butzkamm démontre qu’on peut le faire, qu’en tout cas, lui l’a fait. On peut lui reprocher aussi de ne pas avoir assez tiré parti de la créativité des élèves. Il ne les exerce pas à concevoir et à réaliser leurs propres exercices, donc pas seulement : « Dialoge schreibend variieren » (p.232) mais aussi : « Dialoge verfassen ». Il ne demande pas à la classe de créer des textes entiers, des scénettes. Si l’on applaudit quand il écrit « Häusliche Lektüre : endlich allein », (p.86) (Ah le bonheur solitaire d’apprendre la langue par soi-même, « comme un grand  » !), on voudrait en savoir plus sur l’apprentissage de l’autonomie. Il a certes raison quand il propose de nombreux chants – merci d’avoir ajouté la musique- mais tient-il assez compte des réticences de bien des professeurs (je parle des professeurs français) à faire chanter leurs classes ? On lui reprochera aussi d’être « succinct «  (sur les jeux par exemple) chaque fois qu’il traite en quelques pages ce qui chez d’autres est monographie.

Mais c’est là l’inconvénient inévitable de toute synthèse : elle ne peut pas être exhaustive. On saura plutôt gré à Butzkamm d’offrir à ces lecteurs : 1. l’occasion d’espérer, ce qui est déjà beaucoup 2. matière à réflexion , ce qui ne nuit jamais, et 3. last but not least, une mine d’exercices facilement exploitables, ce qui fait de ouvrage un manuel des plus utiles et que, comme tel, je ne saurais trop recommander.

 

 
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